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« 303 : addition de quelques nombres que le hasard de l’alphabet a bien voulu donner au départ. Et puis la volonté de faire sortir de leur existence paisible et souvent isolée la recherche et la création. Les développer comme une photographie visible et lisible par tous – spécialistes et amateurs – et voir à travers le texte et lire à travers l’image l’identité culturelle ignorée, surprenante comme l’est le premier voyage dans les grandes villes près de la rivière. Donner à voir, comme dans les foires, des secrets connus de tous. Le visiteur de la revue verra, dans le miroir de papier, la foule des gares, la solitude des champs, le bonheur des plages, le bruit des colonnes, entendra le son des marchés, la vitesse des machines, l’ombre des églises et les étoiles vertes et rouges des avions. »

C’est par ces mots de Jacques Cailleteau que la revue 303 ouvrait son tout premier numéro en 1984. Depuis quarante-deux ans, nous nous efforçons de rester fidèles à cette ambition : explorer les patrimoines et les cultures qui font la richesse de notre région.

Aujourd’hui, alors que ce numéro trimestriel marque l’ultime étape de cette aventure éditoriale, nous mesurons avec émotion tout ce que la revue doit à celles et ceux qui l’ont écrite, photographiée, illustrée, conçue, accompagnée et lue. Autrices et auteurs, chercheurs et chercheuses, artistes, photographes, illustratrices et illustrateurs, graphistes, correcteur, partenaires, lecteurs et lectrices ont donné corps, année après année, à cette exigence de curiosité et de transmission ; notre profonde reconnaissance leur est acquise.

Notre gratitude va tout particulièrement à Jacques Cailleteau, conservateur en chef du patrimoine et fondateur de la revue. C’est son intuition qui a donné naissance à 303 : sa conviction que le patrimoine et la création appartiennent à tous et nous élèvent a ouvert le chemin. Depuis nous n’avons cessé, avec enthousiasme, de prolonger ce regard.

Cette aventure n’aurait pas non plus existé sans la volonté politique qui l’a rendue possible. Dans les premières pages du numéro inaugural, Olivier Guichard saluait la naissance d’un projet inédit : « Pour la première fois une région se dote d’un outil de qualité, tant dans le propos que dans la forme, ouvert à la recherche et à la tradition et attentif à l’imagination. » Il ajoutait : « 303 fera ainsi connaître, non sans surprendre parfois, à l’intérieur comme à l’extérieur des limites administratives des cinq départements, ce que font les hommes et les femmes de l’Ouest pour que la vie soit aussi un style. »

Ces mots résonnent aujourd’hui avec une particulière acuité. Ils expriment une conception exigeante du service public culturel : celle qui souhaite ouvrir à toutes et à tous les portes de l’art, de la recherche et de la création en faisant confiance à l’intelligence et à la curiosité. Celle qui considère l’art et la culture non comme des suppléments accessoires, mais comme des expressions essentielles d’un territoire, des forces qui nous relient et nourrissent profondément notre humanité.

Le hasard, ou la fidélité des choses, veut que ce dernier numéro soit consacré à la plage. Dans son texte fondateur, Jacques Cailleteau évoquait déjà « le bonheur des plages » parmi les paysages, les sons et les images que le visiteur de la revue était invité à découvrir. Quarante-deux ans plus tard, la plage est toujours là. Elle nous rappelle que les patrimoines et la culture sont avant tout des lieux de rencontre, de mémoire et d’émotion, des espaces où se tissent des expériences partagées et où se construit un rapport sensible au monde.

Si les pages de 303 se referment aujourd’hui, les histoires, les découvertes et les rencontres qu’elles ont fait naître nous accompagneront encore longtemps. Pendant deux ans, nous nous sommes toutes et tous battus pour permettre à la revue de poursuivre son histoire ; nous rêvions de préserver ce projet généreux et collectif. Si nous n’avons pas réussi à la sauver, nous voulons croire qu’un jour, sous une autre forme peut-être, l’esprit de 303 pourra renaître.

Merci du fond du cœur à toutes celles et tous ceux qui ont soutenu la revue, dans les moments d’enthousiasme comme dans les périodes plus difficiles, et qui ont rendu possible cette aventure exceptionnelle.

 

Aurélie Guitton, Élise Gruselle, Carine Sellin

 

 

Avant-propos publié dans le numéro 190 La plage, consulter le texte en PDF ici